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Officiers et anciens élèves -
Bertrand-François MAHÉ, comte de La Bourdonnais
(1699 - 1753)

Musée de la Marine à Paris / Remerciements Denis Cazenave
Né le 11 février 1699 à
SAINT MALO (Ille et Vilaine) - Décédé le 10 novembre 1753 à PARIS
(Seine)
Né dans une famille
profondément liée au monde maritime.
Très jeune, il se
destine à la mer.
Il embarque comme
mousse alors qu'il n'a qu'une dizaine d'années et acquiert
progressivement une solide expérience de la navigation, du commerce
maritime et des routes de l'océan Indien.
À l'âge de 19 ans, il
entre au service de la **Compagnie française des Indes orientales**,
avec le grade de lieutenant. Il y trouve un cadre qui lui permet de
mettre à profit ses qualités de marin, mais également ses talents
d'organisateur et de commerçant.
Il devient capitaine en
1723 et participe aux opérations françaises dans l'océan Indien et
sur les côtes de l'Inde. Il se distingue notamment lors des
opérations qui conduisent à la prise du comptoir de **Mahé**, sur la
côte de Malabar, dont il conservera le nom dans son titre.
Un marin au service de
la Compagnie des Indes
La Bourdonnais n'est
pas uniquement un officier combattant. Il possède également une
remarquable connaissance du commerce maritime et des possibilités
offertes par les routes de l'océan Indien.
Il pratique notamment
le commerce « d'Inde en Inde », reliant différents comptoirs et
territoires asiatiques. Cette activité contribue à lui assurer une
certaine fortune personnelle et lui permet surtout d'acquérir une
connaissance exceptionnelle de la région.
Sa réputation grandit
rapidement au sein de la Compagnie des Indes.
Gouverneur des
Mascareignes
En 1735,
Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais est nommé gouverneur
général des îles de France et de Bourbon, correspondant aujourd'hui
principalement à Maurice et à La Réunion.
Il va profondément
transformer les deux îles.
Son action est
particulièrement importante à l'île de France, aujourd'hui Maurice.
Il développe le port de
Port-Louis, les infrastructures, les moyens de défense, les magasins
et les installations permettant aux navires français de s'y
ravitailler et de s'y réparer.
Son objectif est
clairement stratégique : faire de l'île de France une véritable base
française dans l'océan Indien.
La Bourdonnais
encourage également l'agriculture, le peuplement et le développement
économique des Mascareignes. La culture du café notamment est
encouragée à La Réunion.
La période 1735-1746
constitue ainsi une étape décisive dans le développement de l'île
Maurice et de Port-Louis.
Préparer la guerre
contre les Anglais
Lorsque la guerre de
Succession d'Autriche éclate en 1740, la rivalité franco-britannique
s'étend naturellement aux possessions et aux routes commerciales de
l'océan Indien.
La Bourdonnais reçoit
la mission de contribuer à la défense des établissements français et
de combattre les intérêts britanniques dans la région.
Il constitue et
commande une escadre à partir de l'île de France.
Il montre alors ses
qualités de chef militaire et de marin, en utilisant les ressources
locales pour armer et équiper ses navires.
La campagne de 1746
En 1746, La Bourdonnais
reçoit la mission de porter secours aux établissements français de
l'Inde et notamment à Pondichéry, alors dirigée par Joseph-François
Dupleix.
Le 8 juillet 1746, son
escadre affronte les forces navales britanniques et les repousse.
Cette victoire lui
permet de poursuivre son offensive.
Le 21 septembre 1746,
il s'empare de Madras, principale possession anglaise de la côte de
Coromandel.
Cette victoire
constitue le sommet de sa carrière militaire.
La prise de Madras et
le conflit avec Dupleix
La victoire de Madras
va cependant être à l'origine de la chute de La Bourdonnais.
Après la capitulation
anglaise, La Bourdonnais accepte le principe d'une restitution de la
ville contre le versement d'une importante rançon.
Cette décision
s'inscrit, selon lui, dans les engagements et instructions dont il
dispose et dans une logique de négociation permettant de préserver
les intérêts français.
Dupleix, au contraire,
souhaite conserver Madras pour renforcer durablement la puissance
française en Inde.
Un conflit oppose alors
les deux hommes.
La situation devient
particulièrement complexe lorsque les navires de La Bourdonnais sont
endommagés par un violent ouragan.
Privé d'une partie de
ses moyens navals, il ne peut imposer son point de vue.
La rivalité entre les
deux hommes va finalement conduire à son départ des Indes.
Retour en France et
emprisonnement
De retour en France en
1748, La Bourdonnais n'est pas accueilli comme le vainqueur de
Madras.
Il est arrêté et
emprisonné à la Bastille.
Pendant près de trois
années, il doit répondre à de nombreuses accusations portant
notamment sur sa gestion et son comportement durant sa carrière aux
Indes.
Cette période constitue
une profonde épreuve personnelle pour celui qui avait pourtant joué
un rôle essentiel dans le développement de la présence française
dans l'océan Indien.
Il rédige pendant cette
période ses Mémoires historiques, destinés notamment à présenter sa
défense et à expliquer son action.
Le procès et
l'acquittement
Son procès se termine
en 1751 par son acquittement.
Cette décision
constitue une importante réhabilitation.
Cependant, les années
d'emprisonnement et les épreuves subies ont gravement affecté sa
santé.
La Bourdonnais ne
retrouvera jamais véritablement la place qu'il aurait pu espérer
occuper après ses victoires dans l'océan Indien.

Extrait Mercure de
France / 1er décembre 1753
Son héritage maritime
La Bourdonnais présente
une particularité remarquable dans l'histoire de la Marine française
: son parcours associe plusieurs dimensions rarement réunies chez un
même homme.
Il fut à la fois :
* marin ;
* officier de la Compagnie des Indes ;
* capitaine ;
* chef d'escadre ;
* administrateur ;
* gouverneur ;
* bâtisseur de ports et d'infrastructures ;
* organisateur logistique ;
* chef militaire ;
* acteur majeur de la guerre franco-britannique dans l'océan Indien.
Son œuvre à l'île de
France contribue à faire de **Port-Louis une base essentielle de la
puissance maritime française dans l'océan Indien.
Son nom demeure
également très présent dans les Mascareignes. Une statue lui est
notamment consacrée à La Réunion ; une souscription nationale lancée
au XIXe siècle associa la France, l'Inde et les îles de l'océan
Indien à cet hommage.
Les Seychelles
Son action ne se limite
pas aux Mascareignes.
Entre 1742 et 1744, il
fait explorer l'archipel aujourd'hui connu sous le nom de
Seychelles.
Le navigateur Lazare
Picault reconnaît notamment l'île de Mahé et Praslin. Le nom de Mahé
donné à l'île principale demeure aujourd'hui encore l'un des
témoignages les plus visibles de l'action de La Bourdonnais dans
cette partie de l'océan Indien.
La Bourdonnais et
Dupleix : deux conceptions de la puissance française
L'histoire de La
Bourdonnais est indissociable de celle de **Joseph-François
Dupleix**.
Les deux hommes
poursuivent des objectifs français dans l'océan Indien et en Inde,
mais leurs conceptions diffèrent profondément.
La Bourdonnais est
avant tout un marin et un homme de mer, attaché à la puissance
navale, au commerce, aux ports et à la maîtrise des routes
maritimes.
Dupleix est davantage
un administrateur et homme politique, qui cherche à établir une
influence française durable à l'intérieur même du sous-continent
indien.
La prise de Madras
révèle cette opposition entre deux stratégies françaises.
Ironie de l'histoire,
Madras sera finalement rendue aux Anglais dans le cadre du règlement
de la guerre de Succession d'Autriche, par le traité
d'Aix-la-Chapelle de 1748.

Postérité
La mémoire de La
Bourdonnais a connu des périodes contrastées.
Longtemps éclipsé par
les controverses liées à Madras et par sa rivalité avec Dupleix, il
est progressivement réhabilité comme l'un des grands artisans de la
présence française dans l'océan Indien.
Son rôle dans le
développement de l'île Maurice est particulièrement reconnu.
Il demeure aujourd'hui
une figure historique importante à Maurice, à La Réunion, en Inde et
à Saint-Malo, ainsi que dans l'histoire maritime française.
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